Revue N°63 - Photographie

Sous le soleil d'Andalousie: Jeanne Chevalier, photographe

FRANCIS SIEGFRIED

Jeanne Chevalier, photographe biennoise, a choisi l'exil: elle s'est installée en Andalousie. Elle nous raconte ici quelques éléments de son parcours photographique.
- Jeanne Chevalier comment avez-vous découvert la photographie?
- Enfant, je m'arrêtais souvent devant la vitrine de la droguerie Greppin à Moutier pour regarder de petits appareils photos et surtout, je rêvais devant la publicité qui nous montrait ce que l'on pouvait en faire. Et puis, il y avait les expositions de peinture organisées par Max Robert dans l'aula de notre école. Fascinée par ces deux découvertes, j'ai compris que je pouvais me servir de l'une pour parler de l'autre.
- Vous avez fait vos débuts chez Madame Courvoisier, photographe très connue à Bienne pour ses portraits. Comment vous a-t-elle accueillie, vous la débutante?
- Je ne la connaissais absolument pas, mais j'adorais ses photos que j'avais remarquées dans une vitrine de la gare et je voulais à tout prix travailler avec elle. Je suis donc allé la voir et les circonstances ont fait que j'ai eu le privilège de pouvoir faire mon apprentissage dans son atelier.
- Comment se passait une journée dans l'atelier Courvoisier?
- Madame Courvoisier était une personne généreuse. Elle entendait former ses apprentis à tous les nivaux. Toujours présente, elle m'accompagnait dans tous les travaux. Les séances de prises de vue étaient des moments magiques. Je pouvais voir comment les personnes, au moment d'être photographiées changeaient d'expression, transformées par l'aimable attention qu'elle leur accordait. Au laboratoire, nous préparions nos produits chimiques nous-mêmes, presque toutes nos images étaient virées, ce qui représentait un grand travail, exigeant beaucoup de soin et de patience. Malgré des revenus très modestes, elle choisissait toujours les plus beaux papiers, les encadrements qui lui plaisaient et le temps passé sur une photographie n'avait aucune importance... Tous nos appareils que ce soit pour la prise de vue ou le laboratoire, étaient en bois. Quand le travail le permettait, alors que nous étions assises côte à côte pour retoucher par exemple, elle me faisait écouter de la musique, récitait des poèmes, ou me parlait de lectures passionnantes qui la tenaient éveillée jusque très tard dans la nuit. Elle ne fut pas seulement mon maître pour la photographie, elle m'enseigna une manière de vivre.
- Madame Courvoisier a-t-elle eu une influence déterminante sur votre photographie et la manière de percevoir les gens?
- Bien que limité au portrait d'atelier, Madame Courvoisier avait un style de photographie que j'aimais énormément. Je m'en sentais si proche que je tins absolument à être initiée à cette pratique. Aujourd'hui encore, à la grande surprise de mes amis photographes, je continue à virer certaines images comme pour l'exposition du Maroc par exemple. Quant à sa manière de percevoir les gens, elle le faisait avec gentillesse et respect. J'espère en avoir gardé quelque chose.
- Vous avez longtemps eu un atelier dans la vieille ville de Bienne, ruelle du Haut 6. Quelles étaient alors vos activités?
- Merveilleux, le temps passé à la ruelle du Haut. La vie sociale y était vivante. Il y avait l'école de peinture, l'épicerie Samueli, les artisans, l'école de musique, les artistes, les cafés, le grand marché, les théâtres, les habitants et je me souviens qu'il y en avait de très originaux! Tout le monde se connaissait et je me sentais l'artisan-témoin de toute cette vie culturelle et sociale que je ne me lassais pas de photographier.
- Vous êtes l'auteur de cartes postales consacrées justement en majeure partie à cette vieille ville de Bienne que vous avez photographiée en toutes saisons. Que représentait-elle pour vous à ce moment?
- La carte postale est un moyen fabuleux pour transmettre ses photographies. J'aime bien savoir que mes images voyagent, qu'elles sont de petites messagères et des signes de vie accessibles à peu de frais.
- Et maintenant?
- Je continue mon édition de cartes postales ici en Espagne. L'édition est en noir-blanc et les sujets sont tous des paysages et des portraits des habitants de la région.

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