- Je suis entré dans la nuit d'une trentaine de mines pour glaner un peu de lumière dans un monde de ténèbres, avoue le photographe prévôtois avec une modestie sans défaut tout en feuilletant la maquette de son livre MINEROS sur le point d'être publié en Espagne, en France et en Allemagne.
- J'espère qu'il sortira avant le 13 avril de cette année, date d'ouverture de mon exposition au Musée jurassien des beaux-arts de Moutier où je présenterai mes travaux groupés sous le même titre que celui du livre.
- En 1998, votre exposition Mineros, inaugurée au Musée national de La Paz a fait le tour de neuf villes du pays. 100'000 visiteurs ont vu vos oeuvres, des plus nantis aux plus humbles mineurs descendus de leurs montagnes. Toute la presse fut unanimement enthousiaste.
«Comment est-ce possible qu'une caméra puisse montrer l'âme de ces hommes?» demandait le journaliste G. A. Crespo du quotidien La Razon du 17 septembre 1998. Un autre dira que votre caméra est une chambre d'échos et un acte de résistance dans une époque d'amnésie collective.
Puis c'est au tour de la Bibliothèque du Congrès à Washington et au très important Smithsonian Institute d'acheter et de publier des choix importants de vos oeuvres dont le retentissement s'explique peut-être par la lente maturation dont elles ont été l'objet.
- Je suis évidemment honoré que mes images figurent au catalogue d'une institution aussi prestigieuse que la Bibliothèque du Congrès, mais je suis plus content encore de savoir que les oubliés d'une histoire douloureuse sont présents dans la capitale américaine.
- Vous êtes bien l'homme d'une quête. A quel moment débute-t-elle?
- A Bâle, alors que j'étais un jeune fonctionnaire des douanes, je remplissais déjà un petit cahier de poèmes. Il s'ouvre sur un «Fais ce que voudras» écrit en grands caractères. Ces mots sont suivis d'une trentaine de textes méticuleusement calligraphiés et entourés d'un rectangle tiré à la règle. Ces poèmes ont mis des ailes à mes rêves. Mal à l'aise dans mon travail, floué par un directeur sportif, je pris la route pour ne plus la quitter. C'était en 1969. J'avais 22 ans. J'étais parti pour six mois. Mon voyage dura plus de cinq ans.
- Nous laissons beaucoup de pays et d'aventures dans l'ombre. Ne retenons qu'une chose dans ce que vous appelez votre école de vie! Vous êtes parti sans caméra et sans aucune connaissance de la photographie. C'est durant votre séjour de vingt-deux mois au Japon que vous éprouvez le besoin de photographier.
- Etait-ce l'effet d'un éloignement prolongé ou du besoin de fixer mes pérégrinations? Je me suis mis à envoyer des diapositives à ma mère et à stocker des images pour les montrer à mes amis. Et c'est plus tard, dans le laboratoire du Club de photographie de Moutier que j'ai appris à réaliser des tirages.
- Tous les critiques soulignent les grandes qualités de vos images. Quand on sait que Moutier peut-être considéré comme un des grands centre de la machine outil de grande précision, pensez-vous avoir hérité des qualités propres aux habitants de la région où vous êtes né?
-Peut-être! C'est vrai qu'ici, on a le goût du travail bien fait et d'une certaine rigueur professionnelle, encore qu'il faille toujours se méfier d'un excès de bien facture qui peut mener, en photographie du moins, à une certaine paralysie formelle. Et puisque nous parlons de forme, j'avoue me méfier de certains termes esthétiques. Je me considère comme un ouvrier de l'image qui aime l'homme et la réalité en les abordant par les tripes d'abord. Suivent le coeur et la tête.
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