La découverte de Robert Walser est un hasard. Petite librairie de province en France : L’Institut Benjamenta. Je le lis d’une traite le soir, je le relis le lendemain comme s’il s’agissait d’un autre roman. J’entre en profondeur avec cette écriture ?
Je reviens en Suisse après une tournée théâtrale en France. Je parle de Walser, je lis d’autres livres de lui, je rencontre des gens qui sont mes amis et comme des conspirateurs de la littérature : Ah ! Walser !
La petitesse m’intéresse au sens de se mettre parfois à l’écart du tintamarre, de la gesticulation, des pitreries médiatiques.
Je crée un théâtre qui repartira vers les villages, qui ne s’adressera pas à un public, mais à un spectateur, une spectatrice en particulier. Ils seront plusieurs dans la salle, mais je m’adresserai à chacun, chacune d’eux. Le public sera éclairé, comme l’acteur.
Gilbert Musy, un ami traducteur, me dit : j’ai un texte pour toi, pour ton théâtre, je te le traduis : Felix Szenen, Félix de Robert Walser.
Gaieté, tristesse, je me débats avec ces textes, je m’associe à une comédienne et à un scénographe. Félix part en tournée. Drolatique, tendre, plein d’humanité, disent les articles, les gens.
Deuxième version de Félix, cinq ans plus tard. C’est ensuite Le Brigand d’après Robert Walser : spectacle de plein air, de salles des fêtes, spectacle qui « squatte » des théâtres officiels. Ma connaissance du cercle s’agrandit. Walser est un compagnon de route.
Quand je vais bien, je lis un peu de Walser. Les traductions françaises se multiplient. Les éditions Zoé qui ont édité et réédité Félix m’envoient les livres de Walser. Je me sens privilégié. Je fais des lectures de Walser. Je me passionne pour les lectures. Walser m’accompagne, trace le chemin, aime les choses petites et modestes. « Tout ce qui est imposant et exigeant me semble terrible et effroyable ».
Quand je ne vais pas bien, je lis un peu de Walser et je me mets à sourire, j’apprends à lever les yeux, à regarder autour de moi, les nuages, la forêt, les gens.
Dans les cafés, les maisons de quartier, dans la rue, les galeries d’art, les écoles, je lis du Walser : il y a tout chez Walser, la peinture, les peintres, les cafés, la promenade, les rédactions de Fritz Kocher, la politique, les thérapies (le Brigand n’y croit guère).
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